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  • : Le blog de la Marche De Pâques
  • : Une initiative de la Coordination Diocésaine de la Pastorale des Jeunes du diocèse de Troyes
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Marche vers Pâques

Enseignement

Eglise de St Mards en Othe

19 avril 2014

 

J’ai envie de commencer ce petit moment d’enseignement, en rappelant un souvenir qui m’a profondément bouleversé peu de temps après mon arrivée dans l’Aube. C’était le 26 décembre 1999. Tôt le matin une violente tempête avait éclaté et quand je suis sorti de ma maison pour aller voir ce qui se passait, j’ai vu la place du Préau complètement dévastée. Tous les arbres étaient par terre, des mastodontes bien enracinés et debout depuis cent ans et plus. Je vous assure que ça serrait le cœur.

La décision a été prise de tous les replanter. Et maintenant quinze ans après la Place du Préau est de nouveau pleine de beaux et de grands arbres !

Ce que je viens de vous raconter, c’est une sorte de parabole. Un arbre déraciné n’a plus de vie. Quand il est enraciné, il retrouve pleine vie, il grandit, il se développe, il offre son feuillage aux oiseaux qui viennent s’y nicher. C’est la même chose pour nous : quand nous sommes bien plantés dans la vie, alors nous grandissons, nous nous développons, nous nous épanouissons, la vie est en nous. Quelles sont donc ces racines qui nous permettent de puiser la vie dans la terre ? C’est notre famille. Ce sont nos parents ; eux nous ont donné le jour et ils continuent à s’occuper de nous et nous permettent de devenir à notre tour un bel arbre. Ce sont aussi nos amis. Si nous en sommes séparés nous avons l’impression de ne plus vivre. Vos parents ne comprennent pas que vous passiez autant de temps au téléphone à parler avec vos amis. Justement vous avez besoin de ce contact pour être épanouis et heureux, pour vivre vraiment.

Il y a encore d’autres racines qui nous permettent de bien tenir debout sur la terre des hommes : il y a notre savoir, notre culture. Tout cela fait partie de nous et nous donne une identité. Un arbre bien vivant c’est un arbre qu’on peut reconnaître et admirer. Quand il est mort, il perd ses branches, il n’y a plus beaucoup de vie en lui.

Comme je vous vois là, vous êtes des arbres bien vivants. Vous traversez la nuit sans difficulté. La lumière ne vous fait pas défaut. Je ne veux pas parler de celle de vos lampes de poche, mais de tout ce que vous êtes, de vos projets d’avenir, de vos joies, de vos espérances. Bien sûr, il y a encore du chemin à faire, vous allez encore grandir, réaliser vos rêves et quelquefois aussi ne pas pouvoir les réaliser, mais entrer dans la patience. Dans les deux cas, c’est une question d’énergie, de dynamisme et parce que vous avez ces racines vous pouvez être bien vivants.

Mais il y a une racine dont nous n’avons pas encore parlé, quelque chose qui donne un souffle extraordinaire, une vie incroyable. C’est le Christ et c’est lui celui qu’on appelle « l’arbre de la vie ». Pourquoi en parlant de lui parle-t-on de « l’arbre de la vie » ? Je peux vous dire que c’est en référence à la croix du vendredi Saint. Elle sert à identifier le Christ et l’œuvre qu’il a accomplie. Cette croix derrière laquelle nous marchons était considérée comme le bois du supplice, de l’humiliation, un arbre de mort sur lequel les Juifs avaient décidé de faire clouer Jésus pour l’empêcher de continuer à prononcer des paroles de vie qui détournent les gens d’eux et de leurs règles.

Jésus a fait de cet arbre de mort un arbre de vie. En mourant sur la croix il a apporté la vie, la joie, le pardon à tous les hommes. Ils ont pu retrouver une lumière dans leur vie.

Aujourd’hui, nous marchons dans la nuit. Notre route est éclairée par la croix. Mais c’est vrai aussi dans notre vie de chaque jour. Parfois nous ne savons plus où nous en sommes, toutes nos espérances sont anéanties. Eh bien Jésus mort et ressuscité vient nous apporter son éclairage et mettre de l’amour et de la vie en nous. Nous avons tous fait cette expérience de rencontre, quelqu’un qui nous a illuminé, qui nous a donné le courage de repartir de l’avant. Ce quelqu’un agissait au nom du Christ. Voilà pourquoi marcher vers l’arbre de la vie, comme nous invite à le faire le thème de cette nuit, c’est toujours d’abord rencontrer quelqu’un qui nous fait sortir de nos obscurités, qui nous éclaire, qui nous rend heureux.

Vous connaissez sûrement tous l’histoire des disciples d’Emmaüs. Ils n’étaient pas dans la joie et dans la vie quand ils ont quitté Jérusalem. Ils pleuraient leur ami mort et ne comprenaient plus rien à leur histoire. Pourquoi il est mort, alors qu’il nous avait promis un avenir de joie et de lumière ? Et voilà qu’ils rencontrent un étranger qui les réaniment, qui les remet debout, qui leur donne vie, chaleur et espérance. Et cet étranger ils comprennent que c’est le Christ et ils se mettent en marche avec lui.

Quelqu’un donc à rencontrer qui nous met en route. Ce soir cet inconnu nous donne à tous rendez-vous. Certains tout à l’heure sont allés au rendez-vous, dans l’obscurité et la nuit de leur péché, et ils ont reçu le pardon qui remet debout et qui redonne la vie. Nous avons toujours cette possibilité, même si ce n’est pas ce soir. Beaucoup n’aiment pas se confesser, parce qu’ils ne veulent pas être considérés comme des coupables et des moins que rien. Au contraire le Christ ressuscité ouvre pour tous ceux-là un nouveau chemin sur lequel on marche vers la joie et la lumière.

Il est donc très important pour nous d’avoir sur notre chemin « cet arbre de la vie ». J’aimerais pour en parler reprendre les paroles du chant de Laurent Grzybowski dont la mélodie accompagne notre marche. Il commence par dire que « l’arbre de la vie » ce n’est pas nous qui l’avons planté. Est-ce que cela veut dire qu’il pousse tout seul ? C’est Dieu qui le fait pousser, c’est son don pour nous aujourd’hui : un don qu’il nous fait, parce qu’il nous aime. Ce don c’est son propres Fils qui nous rejoint dans notre histoire quelquefois difficile, qui nous accompagne dans notre marche, qui nous montre la route.

Quelle est cette route sur laquelle il nous accompagne ? C’est une route où il est toujours présent et où nous sommes toujours invités à le reconnaitre. Il s’approche de nous avec sa Parole. Est-ce que nous faisons attention à cette Parole ? Aujourd’hui nous aimons bien nous raconter sur Face Book. On veut avoir beaucoup d’amis, pour que beaucoup d’amis puissent vous entendre. Mais lui veut aussi nous dire quelque chose, il veut nous éveiller, nous éclairer, nous stimuler. Est-ce que nous prenons le temps de l’écouter ? Est-ce que nous prenons le temps de réfléchir à son appel ? A son invitation à aller de l’avant, à faire quelque chose de notre vie ?

La deuxième strophe du chant de Grzybowski demande « si l’arbre de ta vie est enraciné ». Si nous n’avons pas de racines, nous sommes morts ou alors nous ne pouvons plus marcher. J’en connais qui sont perdus, qui ne savent plus où aller, parce qu’ils n’ont plus de vraies racines. Oh ! Il y en a des artificielles, l’argent, le clinquant, le plaisir, la drogue. Tout cela nous donne l’impression d’être grand, d’avoir une vie bien riche. Mais qu’est-ce que Jésus nous dit : « Le plus grand c’est celui qui se fait le serviteur de tous, qui se met à genoux devant ses frères pour leur laver les pieds, c’est celui qui fait la paix, qui donne le témoignage du pardon et de l’amour ». Si l’arbre de ta vie a de vraies racines, il donnera du fruit.

Au fond, ce texte de Grzybowski est une belle invitation et cette invitation est exprimée dans la 3èmestrophe.

Qui fera le choix d’aller sur les montées ? C’est selon les choix que nous faisons que nous marchons vers l’arbre de la vie ou que nous nous en écartons. Il y a un grand saint que j’aime beaucoup, qui s’appelle Augustin. Il cherchait l’arbre de vie, mail il beaucoup erré, parce qu’il pensait qu’il trouverait la vérité tout seul. Il a dit quelque chose que je trouve très important :  On peut faire des choix qui ne nous font pas monter : le plaisir immédiat, le souci de briller, d’être le premier, de dominer les autres. Ce qui nous fait monter, c’est de choisir le Christ et son amour qui nous fait meilleurs, qui nous rapproche les uns des autres, qui nous fait comprendre que la vérité n’est jamais en nous tout seul, mais que c’est ensemble que nous allons la trouver, quand nous sommes réunis à cause de lui.

Mais là où il est, là où nous allons le trouver, c’est sur la croix, la croix de l’amour, la croix de sa vie donnée pour nous, la croix de la patience, de la confiance en son Père, la croix où il accueille le bon larron. Nous sommes invités à le rejoindre là et à recevoir de lui le message de pardon et de paix, le message de vie et d’espérance qu’il a voulu nous apporter. Comment un crucifié peut apporter un tel message ? Parce qu’il était lui-même rempli de son Père, il avait voulu faire ce que son Père lui avait demandé : donner la vie aux hommes. Une seule chose donc à faire : regarder Jésus, il nous a montré la vie. Ce n’est pas la voie de l’égoïsme ni de la méfiance, c’est la voie du don de soi-même.

Mes chers amis, vous êtes souvent à un âge où vous vous demandez quel chemin vous allez suivre. Un chemin de vie où vous construirez une famille, un chemin professionnel sérieux où vous rendrez service à la société. Ce sera votre bonheur, si sur votre chemin vous voulez comme le Christ faire la volonté de Dieu, aimer l’autre, le respecter, lui donner toujours sa chance.

Mais il y a un chemin où vous serez encore plus proche de lui et du chemin qu’il nous a montré, c’est en donnant entièrement notre vie, comme lui, pour que nos frères le connaissent et trouvent eux aussi le bonheur. C’est la vocation du prêtre, du religieux, de la religieuse. Cette nuit, je demande à Jésus qu’il en appelle, qu’il en convainque, qu’il donne le courage à certains de suivre ce chemin-là.

 

+Marc STENGER

Evêque de Troyes

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